Entreprise familiale : Le discernement du Cédant (2ème partie)

22 mai 2013

Imaginons que le cédant ait opté pour son départ : Immédiatement ensuite viennent les possibilités qui se présentent à l’entrepreneur qui se retire . Monica Wagen de l’ IMD Lausanne propose 6 possibilités :

 

Reprise : Capital et gestion par un ou plusieurs membres de la famille
Séparation : Capital à la famille et gestion par un externe
OBO : Rachat partiel par un dirigeant actionnaire
MBO : Vente partielle ou totale à la direction
MBI : Vente à des dirigeants externes
Fusion/vente à des tiers : sociétés complémentaires;

 

Comme on l’a vu il y a trop d’options pour un discernement serein, il va falloir réduire à 2 possibilités la question de son choix, en regroupant les familles d’options.
Ma proposition concernant le cédant serait de poser l’alternative suivante :

Option 1 : Transmission interne à la famille.
Option 2 : Transmission externe à la famille.

 

La finalité jouera ici son rôle et ne devra pas être confondu avec un attracteur ;
Explication : selon la phrase d’Y Gattaz : « « il n’y a que deux sortes de chefs d’entreprise, ceux qui trouvent que le génie est héréditaire et ceux qui n’ont pas d’enfants. », nous avons là le cas d’un attracteur « atavique », le sang parle, source de tous les népotismes.

 

En revanche la démarche d’un de mes clients travaillant avec moi sur sa finalité se résumant ainsi :

 

« • Mon parcours peut être indicatif de mes finalités:
– Je me suis lancé sur un défi pour montrer à la famille (à mon père) ma capacité à exister
– Dès le début j’avais une volonté d’expansion, rachats ou créations de chaines diverses, internationaliser…
– J’ai toujours été animé par une volonté de fonder, de durer, une réelle ténacité (naissance de mon fils, mariage)

 

• Aujourd’hui mes finalités apparaissent à différents niveaux :
– M’occuper d’autrui
– Lâcher prise, prendre de la hauteur, avoir confiance en mon fils.

 

• Pouvons-nous percevoir un fil directeur à travers tout cela ?
– Y a t il un parcours plus finalisant que les autres ?
– Le fil « transgénérationnel » semble particulièrement intéressant de ce point de vue.»

 

On voit bien qu’au terme de ce travail sur la finalité personnelle et professionnelle de ce dirigeant, la succession à son fils apparaît comme une évidence. Mais ce choix a été épuré par tout ce travail et n’est pas la résultante d’une « pulsion atavique ».
Le choix interne à la famille ayant été fait, il convient maintenant de choisir parmi les héritiers, lequel pourrait reprendre le flambeau…

 

Les attracteurs dans le choix du ou des successeurs sont multiples et extrêmement forts car souvent forgés au sein de la vie familiale intime qui empêche la prise de distance objective.
On le voit lorsque des dirigeants éliminent, à priori, certaines catégories de successeurs en fonctions de

« croyances » comme ce fut le cas chez Bouygues : impossible de choisir Corinne Bouygues parce que c’est une fille.

 

Mais on le voit aussi de manière plus subtile dans le cas suivant ou un futur successeur m’avait consulté. Lorsque j’ai interrogé les cédants, je me suis aperçu que leur croyance en matière de succession était que l’entreprise familiale était destinée à celui des fils réputé le moins diplômé. Pourquoi ? Parce que cela avait été le cas pour le cédant lui-même lorsqu’il s’était « rabattu » sur l’entreprise familiale, faute d’avoir trouvé un emploi plus prestigieux (à ses yeux) ailleurs.

 

Sous sa direction l’entreprise était devenue une belle PME mais la croyance en l’entreprise familiale comme

« planche de salut », demeurait. Ils avaient envisagé la dévolution à l’autre fils, le moins diplômé, qui lui-même n’envisageait pas de travailler dans l’entreprise. Là résidait une partie des difficultés que rencontrait mon client dans la succession.

 

Là encore un vrai travail sur la finalité des cédants est nécessaire pour guider le choix, s’élever au dessus des attracteurs et chercher le bien commun de l’entreprise et de la famille.
La démarche de discernement ne s’arrête pas là et comporte d’autres étapes, mais ces premiers éléments suffisent déjà à valider ces premiers choix.