Lacoste : Les larmes du crocodile (1/2)

11 avril 2013

Longtemps le cas Lacoste a été proposé dans les « business schools » comme modèle de gestion de marque, aujourd’hui il fait figure d’anti modèle comme gestion d’une succession dans une entreprise familiale.

 

Fin d’une histoire familiale de 80 ans commencée avec l’illustre René Lacoste (le crocodile) en 1933 et qui vient de se clore fin 2012 avec l’achat de la majorité des parts des héritiers de René par la famille suisse Maus.

 

Cela confirmerait-il l’adage selon lequel la troisième génération met fin à l’aventure. En fait il n’y a aucune fatalité mais  une série d’erreurs courantes évitables et ce cas nous donne l’occasion d’y revenir.

 

René et Simone Lacoste ont eu quatre enfants: Bernard, François, Michel et Catherine. C’est Bernard, l’aîné, qui succédera à René Lacoste dès 1963 et développera, avec succès, l’entreprise. Son autorité sera incontestable. C’est à la mort de Bernard, en 2006, que les choses s’enveniment.

 
 
 

Une succession improvisée avec des tabous

La succession n’a pas vraiment été préparée peut-on lire!! Or Bernard avait quand même 75 ans à sa mort. La solution, Michel, son frère, nommé président de l’entreprise est une solution improvisée ou d’attente. Le groupe Lacoste n’est pas le Vatican pour nommer à sa tête un homme de 65 ans.  Cela montre en tous cas que la troisième génération n’a toujours pas pris les commandes, pourquoi ? Il y a là déjà un mauvais présage.

 

Pourquoi Béryl, une des filles de Bernard n’a-t-elle pas pris les commandes à ce moment là ? D’abord journaliste à BusinessWeek, elle rejoint ensuite le géant américain du textile, le groupe JP Stevens, où elle prend la direction du département linge de maison, puis celle de la licence Ralph Lauren. Chez Lacoste, elle a dirigé les licences parfums et lunettes. Titulaire d’un MBA de l’Insead. Elle est jeune quinquagénaire en 2006. Même si elle vit à Miami, donc loin du siège parisien de Lacoste, elle aurait pu (du ?) être la candidate idéale.

 
Pourquoi aussi Philippe, le fils de Michel qui plus tard prétendra à la succession n’a-t- il pas été choisi ? Certains disent que Bernard le considérait comme son successeur, d’autres que Michel le trouvait incapable…
 
Ce qui est sûr c’est que la famille n’avait pas préparé, formé et désigné un successeur! Surement pas. Elle préféra repousser à plus tard l’avènement (normalement) salvifique de la troisième génération, probablement par peur d’ouvrir la boite de Pandore.
 
Premier enseignement : Les familles entrepreneuriales ne préparent jamais assez tôt leur succession, qui est un long processus avec des phases à respecter !
 
 

 
Une succession confondant les plans familiaux et entrepreneuriaux.

Michel et Philippe (père et fils) ne s’entendent pas. Voici ce que relate un journaliste, Thibaut Dromard pour Challenges :
 
« C’était en 2008, à l’occasion d’une première querelle familiale. A l’époque, Michel et Philippe, son fils né d’un premier mariage, sont en guerre ouverte. Philippe, directeur des relations externes de Lacoste, pressenti pour succéder à son père, conteste le rôle de directrice de la communication qui vient d’être attribué à sa belle-mère Réjane. Le conflit s’envenime quand son père, “en accord avec la majorité des membres de la famille”, met fin à son contrat. Dans la foulée, Réjane démissionne, mais conserve une activité de conseil pour Lacoste…Fâché depuis son divorce avec les trois enfants de son premier mariage, Michel Lacoste est allé chercher ailleurs son successeur. Il a trouvé en sa nièce Béryl Lacoste-Hamilton, une fille de son frère aîné Bernard. »
 
Catherine et Michel (sœur et frère) ne s’entendent pas non plus.
 
« Entre Michel et Catherine, que seules deux années séparent, ce ne sera jamais l’amour fou. «On ne se voyait que parce que l’on vivait dans la même maison. Nous n’avions pas les mêmes goûts, pas les mêmes amis», raconte Catherine. Entre eux, l’incompréhension ne cessera de se creuser au fil des années, un paramètre qui pèsera lourd dans le dénouement de cette histoire » relate Anne de Guigné pour Economie et entreprise. T Dromard continue : « Il  faut dire qu’ils n’ont pas grand-chose en commun. Intellectuel, chercheur infatigable, Michel aime la complexité. Sa sœur est plus pragmatique.
 

Elle incarne les valeurs sportives de la marque. Ancienne championne de golf, c’est la première “amateur”, et non américaine à remporter l’US Open dans les années 1960. Passionnée de la petite balle blanche, elle investit aujourd’hui dans la construction d’un golf à côté de Carcassonne. Catherine fait partie des membres de la famille qui ne pardonnent pas à Michel d’avoir écarté son fils Philippe de la société.
 

Elle va donc devenir le principal soutien de la sœur de Philippe, Sophie. Car, en mai, Sophie Lacoste révèle au grand jour sa candidature à la succession de son père face à sa cousine germaine Béryl, par ailleurs sa marraine! »
 
On voit ici comment les haines personnelles forgées au sein de la vie privée familiale viennent retentirent, en mal, sur la succession et la gestion du bien commun qu’est ce groupe familial.
 
Chaque dirigeant propriétaire devrait avoir cette distinction des plans en tête en permanence.