Lacoste : Les larmes du crocodile (2/2)

17 avril 2013

 

Le conflit se déroule de la manière suivante :

 

Toujours Anne de Guigné : « Celle qui va porter les couleurs de la contestation contre le duo Michel/Béryl, c’est Sophie, la propre fille de Michel… et la filleule de Béryl! Une jeune femme étonnante – elle a 36 ans —, la seule de la famille qui soit sortie des sentiers battus du sport et de l’entreprise pour tenter sa chance dans le théâtre….Pour défendre sa candidature, Sophie met en avant un diplôme de l’université Paris Dauphine, un stage chez JP Morgan et sa présence dans l’entreprise depuis 2005, comme administratrice, puis présidente de la Fondation René Lacoste. Un peu court aux yeux d’une partie des administrateurs. Son métier de comédienne fait jaser.

 
 

«Sophie vit dans un monde irréel», persifle un membre de la famille. A l’inverse, Catherine, sa tante, la défend bec et ongles: «Michel n’arrêtait pas de nous dire: “Sophie n’est pas capable de diriger l’entreprise.” Mais qu’en sait-il? Combien de fois a-t-il vu les enfants de sa fille? Ça se compte sur les doigts d’une main!»

 
 

Sophie va néanmoins aller au combat et l’emporter, du moins dans un premier temps. Pour cela, elle va profiter d’un autre conflit familial, resté en marge de la famille. A la mort de Bernard, l’usufruit de sa participation de 5% est revenu à sa seconde épouse, une peintre japonaise, Sachiko Takayama. Or celle-ci ne s’est jamais entendue avec Béryl, la fille de Bernard, désormais protégée de Michel.

 
 

«Dans toutes les familles, les remariages sont des sources de conflit. C’est banal. Sauf que cette famille n’est pas banale, elle possède l’empire Lacoste», analyse un banquier. Et voilà comment Sachiko, qui vit désormais à Tokyo et se tenait éloignée de ces histoires de famille, décide de confier son pouvoir au clan de Sophie plutôt qu’à sa belle-fille, faisant basculer ainsi la partie.

 
 

Tout se joue le lundi 24 septembre (2012), dans un salon de l’hôtel Westminster, rue de la Paix, à Paris. La vingtaine d’actionnaires de la famille sont réunis en assemblée générale. Les participants décrivent une atmosphère terrible. «On se serait cru dans “Le parrain”, les flingues n’étaient pas posés sur la table, mais tout le monde en avait un!», raconte un administrateur.

 
 

Grâce à l’appui du groupe Maus, Sophie remporte la présidence et fait éjecter Michel du conseil d’administration. Une humiliation pour le père. Une victoire à la Pyrrhus pour la fille. Comme en Corse, le cycle des vengeances ne peut plus s’arrêter. Pour Michel et ses soutiens, hors de question de laisser Sophie à la tête de l’entreprise. Ils choisissent de vendre, ce qui ressemble fort à un sabordage, même si Michel Lacoste récuse ce terme. Maus n’a plus qu’à proposer un prix à la hauteur des désillusions. Ce qui sera fait. «Je n’ai aucune amertume. Nous n’arrivions plus à nous entendre. Sans actionnariat clair, la marque était en danger et l’entreprise ne pouvait pas fonctionner correctement. J’ai privilégié l’avenir de Lacoste SA», justifie Michel.

 
 

Sophie et ses alliés ont désormais le choix entre surenchérir grâce à leur droit de préemption, ce qui semble peu probable, conserver une participation minoritaire qui ne vaudra plus grand-chose, ou vendre. Le crocodile est pris au piège. Lors du prochain dîner de Noël, l’ambiance risque d’être glaciale au golf de Chantaco. D’ores et déjà, Michel nous a fait savoir qu’il ne serait pas là: «J’ai le projet d’aller quelque part au soleil, très loin de l’Europe.»

 
 
 

 

Un « affectio societatis » d’apparence.

Tout est conçu pour que la famille Lacoste, enfants, petits enfants, cousins etc.. ; puissent continuer à se voir malgré les engagements divers des uns et des autres à travers  le monde, grâce au mythique golf de Chantaco à côté de Saint Jean de Luz ou chaque famille possède une villa autour du parcours. Le golf lui-même appartenant à la famille. C’est le cadre idéal pour apprendre à se connaitre s’apprécier et à s’intéresser à l’avenir de l’entreprise.. Mais le cadre n’est rien s’il n’y a pas l’ingrédient principal de l’affectio societatis : la recherche du bien commun du groupe familial.

 

Cette recherche est à la base de l’avantage de toutes les entreprises familiales : la confiance, mélange de respect des personnes et d’exigence de travail, dans la vérité. Rappel de la définition du bien commun : « Ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres d’atteindre leur perfection, d’une façon plus totale et plus aisée ».

 
 
 

Un piège mimétique

Michel préfère vendre à l’actionnaire minoritaire plutôt que de voir sa fille aux commandes. La nouvelle dirigeante, qui s’était battue pendant de longs mois pour pouvoir succéder à son père, Michel Lacoste, à la tête de la maison familiale, rend donc les armes quelques semaines seulement après avoir obtenu gain de cause.
 
Ce qui est bien la preuve que ce qui les intéressait vraiment était de gagner contre l’autre et non le renouveau de cette entreprise. Ce qui marque bien le conflit issu du désir mimétique ou la haine est plus forte que l’objet même du conflit celui-ci devenant en fait le prétexte.

Pour sortir de ce type de conflit, il faut surtout ne pas y rentrer. Pour cela seul la distance et la décentration de soi sont les meilleures armes.

Un œil extérieur est plus avisé pour le détecter.

 
 

Au passage et pour conclure : Quand l’acheteur met le prix,  que valent les pactes d’actionnaires ? À méditer…