Le dynamisme de la cohérence chrétienne : La « Parrhésia », un art de vivre en chrétien dans le monde et d’évangéliser en appliquant les valeurs de la Doctrine Sociale de l’Eglise.

02 décembre 2014

Il y a quelques mois, j’assistais à l’intronisation d’une mère abbesse cistercienne, dans le Gers. Au cours de son sermon, l’Abbé général de l’ordre des Cisterciens (je crois), emploie un mot pour désigner l’une des qualités requise par un abbé : la « Parrhésia ». Je ne connaissais pas ce mot. Par ailleurs, il ya quelques semaines, j’apprends que ce terme vient d’être utilisé par le pape François lors du pèlerinage des catéchistes du monde entier à Rome en septembre 2013. Ma curiosité titillée, je me mets en recherche. Parallèlement je travaille, depuis quelques temps déjà, la doctrine sociale de l’Eglise appliquée au management, notamment les valeurs qui y sont décrites. Coïncidence, ou pas, je constate beaucoup de parentés entre ces deux sujets . Le mot « Parrhésia » rassemblant en un concept unique les valeurs de la DSE; et celles-ci donnant un contenu plus précis et pratique au concept, ici appliqué au domaine de la vie en entreprise. Mais surtout, ces notions, s’éclairant l’une l’autre, tracent, pour nous, un chemin de vie chrétienne, un art de vivre.
 
 
La Parrrhésia des philosophes, un art de vivre à risque mais à sens limité.
 
C’est Michel Foucault qui remet à la mode la Parrhésia dans ses cours au collège de France dans les années 60 autour du thème général du courage de la vérité. Il montre que cette notion (qu’il appelle le franc –parler opposé à la flatterie) est d’abord politique puis envahit la sphère des relations interpersonnelles. Dans sa thèse, la dure et risquée vérité sur l’autre ou le régime politique (la Parrhésia) est le préalable nécessaire à la vérité sur soi afin de se constituer comme sujet. Pour Foucault la Parrhésia est synonyme de grande rupture dans les modes de pensée. Elle est la contestation risquée de ce qui est établi au nom d’une vérité nouvelle. Une vérité remplace l’autre. On voit bien là le relativisme de la vérité chez Foucault, ce qui est évidemment une grande différence avec la Parrhésia chrétienne.
Son analyse de la pensée grecque sur la Parrhésia est néanmoins instructive. Henri de Montvallier (internet Actu philosophia 2009) :

« Reprise de ce terme grec qui s’applique d’abord au champs politique de ce citoyen grec prenant la parole en assemblée pour dire la vérité avec courage. Puis Foucault observe la Parrhésia chez Socrate dans ses relations interpersonnelles de manière à faire changer son interlocuteur, le sortir de la Doxa des opinions dominantes. Il y aurait une troisième forme de parrhésia grecque, la cynique, illustrée par la figure de Diogène qui dénonce lui aussi, harangue les foules sur la place publique en dénonçant les compromissions du pouvoir et de l’ordre établi, obligeant ainsi chacun à s’interroger sur sa manière de vivre et à se soucier de soi-même il est aussi un art de vivre. Mais, à la différence de Socrate, il ne respecte pas les lois de la Cité, c’est un anarchiste, ce que n’est pas Socrate »
C’est effectivement un mode de vie, risqué (Socrate en meurt)
Mais au service de quoi ?
 
La Parrhésia chrétienne, au contraire, est une évangélisation par proclamation de la vérité qui implique un mode de vie, relativement risqué également, mais fécond et surtout assisté par l’ Esprit Saint.
 
On retrouve, dans le nouveau Testament, plus de trente occurrences de ce terme, plus particulièrement chez St Paul, dans les Actes mais aussi souvent chez Saint Jean et une fois chez Saint Marc. Ces occurrences décrivent des actes de Jésus ou plus précisément la façon dont Jésus parle, dont les apôtres proclament. Plus tard, St Paul exhortera les nouveaux chrétiens à avoir de la Parrhésia .
Quelles sont les notions recouvertes par la Parrhesia ?
Parler Ouvertement, publiquement. Il n’y a rien de secret, pas d’ « apparté » , dans cette parole, tout le monde peut et doit accéder à cette parole.
Sans crainte et avec hardiesse c’est-à-dire même si elle ne plait pas à ceux qui l’entendent et au risque de se faire contredire, contester, voir martyriser.
Parler avec assurance et confiance. C’est-à-dire avec force et certitude d’être dans le vrai. Il s’agit de la force que donne l’Esprit saint, capable de renverser l’adversité.
Cette Parrhésia suppose une conversion personnelle profonde et de vivre dans et par la vérité.
A la différence de la pensée Foucaldienne, elle proclame la Vérité immuable révélée par Jésus et elle est très évangélisatrice, comme l’a été l’Eglise des premiers temps. Cette attitude est, dans le nouveau Testament, assistée par l’Esprit Saint.
C’est elle qui permet à l’Eglise, encore aujourd’hui, de parler à temps et à contre temps.
Comment nous, laïques, pouvons nous pratiquer cette Parrhésia ?
 
 
La pratique des valeurs la DSE est un chemin à suivre pour vivre dans la Parrhésia
 
 
Elle se résume en une phrase facile à énoncer mais difficile à mettre en pratique : Etre vrai et dire la vérité en toute liberté mais en respectant la justice et avec amour.
On voit bien que ces 4 valeurs (Vérité, liberté, justice et amour) se tiennent et forment un tout.
Si nous lions Vérité et liberté, nous obtenons la Parrhésia grecque, si nous rajoutons justice et amour nous avons la Parrhésia chrétienne.
Allons un peu plus loin sur ce sujet des liens des valeurs entre elles :
La Vérité sans la justice risque de ne pas être entendue. C’est l’échelle des besoins de la pyramide de Maslow . Nourrissez nous et soignez nous et on écoutera votre discours. C’est l’attitude du Christ , des missionnaires, de beaucoup d’ordres religieux.
A l’inverse, la justice, sans la vérité c’est le « droit de l’hommisme » actuel, le relativisme, la culture du : « c’est mon choix. » à l’origine de toutes les lois sociétales, dont la dernière : la loi Taubira.(« puisqu’ils s’aiment pourquoi leur refuser le mariage ? »)
La Vérité sans amour risque de blesser, car peut être ressentie comme un jugement par celui qui la reçoit. Mais la vérité est aussi la Condition de l’amour. Ceci est fortement développé par Benoit 16 dans Caritas in veritate. « L’amour sans la vérité tourne au sentimentalisme ».
La vérité, sans la liberté ne peut être totalement proclamée. Ou alors, la vérité proclamée sans la liberté c’est la dictature, c’est le non respect de la dignité humaine, l’infantilisation, la déresponsabilisation .En échange, la liberté ne peut se concevoir que dans le cadre de la Vérité. La vérité nous rend libre. Dans le mensonge je ne peux pas exercer de vrais choix puisque les données du choix sont fausses. Enfin, la liberté sans la vérité c’est une sorte de licence, d’insolence au mieux, de déconstruction stérile genre mai 68, au pire. C’est la Parrhésia stérile du grec cynique Diogène.
La liberté sans justice, c’est la loi de la jungle, le libéralisme absolu. La justice sans la liberté c’est le collectivisme.
La liberté sans amour c’est l’individualisme, la recherche de son intérêt personnel. L’amour sans liberté, c’est le paternalisme. L’amour c’est la libre circulation de L’ES.
Citons Jean Marie Elie Setbon : « Oui, nous pouvons être libres, être enfants de Dieu et obéir d’une obéissance filiale à notre mère l’Église. Saint Augustin résume bien la liberté en une phrase : « Aime et fait ce que tu veux. » Car l’amour divin en mon humanité me rend réellement et concrètement libre. Et donc je peux faire ce que je veux car l’amour me transforme en celui que j’aime tout en étant moi-même. Et l’amour me fait prendre conscience de l’autre et de la nécessité de ne pas le blesser »
La justice sans amour, c’est l’économie actuelle basée sur le contrat, le donnant-donnant.
L’amour sans la justice c’est le fait du prince, il peut créer des jalousies…
Maintenant ,reprenons chacune de ces valeurs et examinons quels comportements elles peuvent impliquer de notre part dans le contexte de notre travail.
Quatre valeurs donc : Vérité, liberté, justice et amour.
 
 
Vérité.
 
a) Théorie :
La vérité va rendre conscient les éléments de « la structure du péché » qui caractérisent notre société et dont un des fruits empoisonnés est le relativisme.
La Vérité sur l’homme, rappelle l’Eglise, est inscrite au fond du cœur de chaque homme. C’est la loi fondamentale de l’humanité qui nous prescrit ce qui est bon ou ce qui est mauvais (dans la nature il ya aussi le mauvais : orgueil, envie, jalousie…). Elle est naturellement universelle et intemporelle. On l’appelle loi naturelle. Pour nous, chrétiens, elle prend la forme du décalogue, la loi de Dieu donnée à Moïse pour Israël.
La version sécularisée peut être retrouvée dans la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 (ONU) reconnue comme une pierre de progression de l’humanité par JP 2 dans la mesure où elle est protectrice de la dignité de l’homme .Mais interprétée, comme privée de sa source qui est Dieu, elle peut devenir potentiellement dangereuse en consacrant un homme seul (individu) à qui tous les droits sont permis.
Saint JeanPaul 2 propose d’y ajouter les béatitudes, qui viennent accomplir la Loi.
Enfin, pour le Christ, la Vérité c’est lui,. Cela veut dire aussi que la Vérité ne se laisse pas enfermer, que c’est un parcours, un but jamais complètement atteint ici bas. C’est un dévoilement progressif. En cela la vérité n’est pas une simple morale figée.
b) Pratique :
Au-delà donc de ce minimum de vie morale, que représentent, par exemple, le respect de pratiques financières transparentes et la non dissimulation fiscale, le rapport à la vérité est beaucoup plus subtil.
Concrètement, pour nous, il s’agit de traquer toutes les formes de mensonges par rapport à cette vérité.
D’abord sur nous même :
Quelle est notre part d’ombre, nos failles ? Nous sommes plutôt habitués, dans nos rapports professionnels à maquiller ces faiblesses. Certains commencent dès le début à mentir sur leur CV !
Or, nous ne pouvons pas grandir sans reconnaitre cela chez nous.
Sommes-nous prêts, lorsque surgit un problème à reconnaitre notre part de responsabilité ? Ou préférons nous nous justifier, voir rejeter la responsabilité sur d’autres ?
Comment nous comportons nous avec nos sentiments ? Par exemple, reconnaissons-nous la morsure de la jalousie ou préférons nous la maquiller en colère (plus valorisante) ?
Dans le rapport interpersonnels avec nos collaborateurs, nos chefs, nos collègues, notre management, nos clients…
Respectons nous la vérité évangélique sur la conception du travail, de l’autorité(et de l’obéissance) dans notre rapport à l’argent, à la propriété, au bien commun vu à hauteur du plus pauvre, de notre participation réelle au bien commun général (non seulement dans la nature des produits et des services rendus mais aussi dans notre conception du marketing) de la responsabilisation de tous …
Bien souvent, la conception que nous avons du pouvoir (ne dépendre que de soi même, avoir de compte à rendre à personne), le goût pour la réussite à tout prix, le souci de notre réputation (par exemple vouloir avoir toujours raison), ne passent –ils pas avant la Vérité ?
Dans les entretiens de management : Recherchons nous la vérité ensemble ? D’un côté comme de l’autre ? Sur le collaborateur mais aussi sur le chef.
Comment accueillons nous, si nous sommes manager, la vérité qui ne fait pas du bien à entendre sur la marche d’un service, une opération ratée etc…
Attention, la vérité ce n’est pas mon opinion, elle est basée le plus possible sur des faits avérés. Elle se réfère au principe de réalité.
En tant que manager comment j’encourage l’expression de la vérité ? (droit à l’erreur). Quand nous licencions disons-nous toujours la vérité aux institutions mais aussi à celui que nous licencions, aux collègues qui restent ?
Disons-nous toujours la vérité sur la marche de l’entreprise ?
Comment je discerne entre prudence et dissimulation? La vérité n’est pas forcement transparence absolue. Certaines circonstances peuvent nécessiter de la discrétion.
La vérité est l’élément principal de la confiance sans quoi toute vie en équipe ne peut porter de vrais engagements.
Mais attention, Le premier qui dit la Vérité doit être exécuté !!
Sommes-nous prêts à aller au bout ? Comme Saint Jean Baptiste, comme Thomas More sous Henry 8 d’Angleterre ?
Comme le jeune homme riche. Sommes-nous prêts à aller aussi loin que l’exige le Christ ? Comment nous arrangeons nous avec cela ? Quel est notre compromis ? Rendons nous toujours témoignage à la Vérité ?
La vérité ne va pas sans tensions inhérentes à toutes vies de groupe. Elles doivent exister, c’est sain. Rien de pire qu’une équipe lisse, c’est souvent le signe que la vérité n’est pas recherchée ou soumise à un consensus mou. N’ayons pas peur des confrontations d’opinions !!
Attention, la tension n’est pas conflit !!
 
Liberté
 
La liberté est cette capacité à poser des actes volontaires et d’en être responsables. Malgré le péché originel et grâce au Christ, le Chrétien a la liberté de choisir entre la Vie et la mort.
S’il choisit la Vie (c’est-à-dire le Christ) il vit alors dans la liberté des enfants de Dieu, celle de celui qui se sait aimé, de manière inconditionnelle, et qui nous libère de toutes les peurs, car nous savons que chacun de nos cheveux est compté ! Il s’agit de vivre comme des riches plein des talents reçus du Père, avec l’assurance que procure la richesse. Quelle est notre richesse ?
– Le pardon et de la miséricorde du Père
– La promesse de la vie éternelle…
Nous sommes donc libérés de toute dette, jouissons de ce que nous avons et ne craignons rien. A celui qui a il sera donné davantage encore.
Et nous pouvons demander encore, demander et l’on vous donnera. Ne crains rien pour toi, ton Père sait ce dont tu as besoin…
Concrètement cela passe par la libération de nos esclavages :
Esclavage par rapport à nos addictions modernes :Les écrans, Le travail frénétique (Les fameux « worholic » en entreprise).
Esclavage par rapport à toutes les lois : nos règles, nos normes, nos processus qui tuent l’esprit du travail et l’intelligence des personnes pour sacraliser la lettre. C’est le grand problème du management dans les entreprises !!
Ensuite, c’est nous libérer de toutes nos peurs et conditionnements
Peur du chômage, peur de l’échec, peur du regard des autres et de la pression des groupes. Appartenons nous à cette foule, prête à lancer la pierre sur la femme adultère ? Peur du chef.
Nous libérer de tous les conditionnements familiaux et professionnels Ces « drivers » enfantins qui nous empêchent d’être nous-mêmes, ces « croyances limitantes » (on a toujours fait comme ça) qui nous empêchent de nous adapter.
Nous libérer de nos idolâtries : ce peut être un homme (gourou, séducteur), l’argent ….. De tous les manipulations (des gens qui veulent nous amener à penser ou à agir d’une certaine façon)
Mais la liberté n’est pas l’autonomie autiste. Elle se construit ensemble, dans le cadre de liens interpersonnels.
Un indicateur donné par la DSE : Sommes nous libres, chacun, de réaliser notre vocation personnelle ?
Sommes-nous prêts à aller au bout avec comme modèle Saint Thomas Becket ?
 
Justice
 
La justice, c’est donner ce qui est dû : En dehors de la justice légale qui est la plus connue, elle peut être commutative ou distributive.
La justice distributive consiste à donner à chacun ce qui lui revient en tenant compte des différences qui existent entre les individus. Traiter de manière égale des gens qui se trouvent dans des situations inégales est une injustice.
La justice commutative est au contraire l’équivalence des obligations et des charges, et elle régit, par exemple les échanges économiques. Dans une économie libre, il ne peut pas y avoir de justice distributive, si la justice commutative n’est pas d’abord respectée. Ceci est important pour ne pas créer de sentiment d’injustice dans le management qui entame durablement la relation.
De fait, la justice n’est pas une simple convention humaine, car ce qui est « juste » n’est pas originellement déterminé par la loi, mais par l’identité profonde de l’être humain.
La justice est liée à l’option préférentielle pour les pauvres. Le fossé entre riches (personnes et nations) et pauvres est injuste.
L’Option préférentielle pour les pauvres.
Le pauvre c’est le dépendant. Le pauvre c’est nous, en fait. Aujourd’hui on aime, ni le pauvre (on le craint, on ne veut pas le voir) ni le faible (surtout pas dans l’entreprise). Le rôle du chef (mais pas que lui) est de s’occuper de celui qui est plus faible, plutôt que d’être sur le dos de ceux qui préfèreraient avoir plus de responsabilités. Mais attention à ne pas en faire trop, dans la toute puissance vis-à-vis de celui qui a besoin de nous. Il faut toujours se dire : « Qu’est ce que m’apporte le pauvre ? »
Attention également l’option préférentielle pour les pauvres ne doit pas devenir de la pure assistance.
Le chrétien ne peut se désintéresser de la question de la misère locale et mondiale, non seulement à titre personnel mais aussi dans l’agir collectif.
Ne tombons pas non plus dans le piège de l’orgueil. Personne ne peut éradiquer toute les misères à lui tout seul. Seul le retour du Christ abolira toute pauvreté.
La justice est aussi une condition de la Paix.
En résumé la pratique concrète de la justice c’est :
– Respecter la loi
– Etre équitable dans le traitement des personnes d’abord. Cela veut dire aussi pratiquer une politique de rémunération cohérente.
– Ensuite, aider ceux qui ont besoin de nous, c’est la solidarité. Comment traitons-nous en équipe le « maillon faible » ? Sommes-nous totalement pris par l’esprit de compétition ?

Mais la seule justice est insuffisante si elle n’est pas inspirée et dépassée par la charité ou l’amour
 
Amour (charité)
 
Critère suprême de l’éthique sociale, elle doit être objective et non pas que subjective (affaire personnelle).Elle est source de la justice, de la vérité et de la liberté
Définition : « fait ressentir comme siens les besoins et les exigences des autres et rend toujours plus intenses la communion des valeurs spirituelles et la sollicitude pour les nécessités matérielles » (Jean XXIII Pacem in Terris)
En entreprise, elle peut prendre la forme du Don ou de la gratuité :

Benoit 16 dans l’Encyclique « L’amour dans la charité » dit : «… Abandonné au seul principe de l’équivalence de valeur des biens échangés, le marché n’arrive pas à produire la cohésion sociale dont il a pourtant besoin pour bien fonctionner. Sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque, le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique … » La gratuité vient compléter et va au delà de la simple justice, nécessaire cependant. Mais un monde parfaitement juste serait intolérable. La justice c’est rendre à l’autre ce qui est sien. La gratuité c’est donner ce qui est mien. C’est dans la famille que l’on voit la gratuité à l’œuvre.
Ainsi les relations de travail ne sont pas simplement régies par le contrat de travail (justice) mais doivent aller au-delà, dans le don de soi à l’autre selon des formes à inventer cas par cas. Le contrat rassure car il permet de contrôler la relation à l’autre. Le don fait peur car il nous dessaisit de la maitrise de la relation.
On sait que le don crée un cycle relationnel, dont les premiers actes sont les suivants :
Le cycle du don chrétien est :
Demander dans la prière,
Recevoir avec jouissance et en vivre sans complexe
Donner nous aussi à ceux qui demandent

Dans ce cycle, le plus difficile est de recevoir et par conséquent de reconnaitre le don.
Car, par définition, le don est discret et ne cherche pas de contrepartie. Or, la capacité au don et à la gratuité fait partie naturellement de l’agir de l’homme vivant en société. En effet, on a tous constaté que telle personne en fera plus, naturellement, éteindra la lumière en partant etc…
Comment reconnaitre et valoriser quotidiennement ces actes gratuits ? Cette tendance naturelle ? Question que tout chef doit se poser. Il n’y a pas de recettes mais l’art de cultiver l’attention à l’autre.
Cependant tout le monde devrait cultiver le terreau sur lequel peut pousser les dons ? Eléments de réponses :

– Travailler sur la finalité du travail, à quoi participe –t-il, à quelle cause plus grande qui fasse sens pour moi ?
– A quelle œuvre commune je participe ? Avec qui (collègues), pour qui (clients)
– Suis-je responsable de mon travail?

Bon courage !
 
 
Dominique CASSANET
 
 
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